Billets d'humeur

Rentrée 2004 : notre IEN rénove la traditionnelle fiche d'identification en demandant une photo d'identité. Ca m'amuse et je ne peux pas m'empêcher d'envoyer le message suivant à mes collègues de la circonscription d'Apt.

Waow !
l'IEN nous donne cette année de nouvelles fiches de renseignements. Les autres avaient été utilisées pendant plus de 20 ans.
On nous demande d'y ajouter une photo d'identité. Faut-il avoir l'air triste comme on le demande en Angleterre ?
A-t-on le droit de refuser l'utilisation de notre image ?

 
Jacques Risso

Samedi 18 septembre 2004 : avec ma collègue Karine qui s'occupe du CP-CE1, nous essayons de travailler sur les évaluations CP. Nous découvrons à quel point les outils proposés sont mal foutus. Et personne ne dénonce ça ! On se sent obligé de faire quelque chose...

Le CD qui vous rendra fou !

Avez-vous commencé à évaluer vos élèves de CP grâce aux outils du ministère ?

Attention, danger : ce cédé a été mis au point par un informaticien fou qui en veut à votre équilibre mental.


Nous avons voulu le faire, confiants dans l'intelligence de l'administration.
Nous avons fait ce qu'aucune bête ni aucun conseiller pédagogique n'aurait fait : essayer le CD d'accompagnement du livret « Évaluation et aide aux apprentissages en grande section de maternelle et en cours préparatoire »

En cette rentrée 2004, nous sommes fortement incités à évaluer les élèves à l’entrée au CP, cela grâce au livret « Lire au CP » sous-titré « Repérer les difficultés pour mieux agir » accompagné du CD-Rom « Évaluation et aide aux apprentissages en grande section de maternelle et en cours préparatoire ».

Ce CD-Rom accompagne le livret "Lire au CP". Franchement, qui s'en serait douté ?

Ils n'ont pas été livrés ensemble aux écoles (le CD est arrivé plusieurs mois après) ;

ils n'ont pas le même graphisme ;

le CD parle d' "
Evaluation et aide aux apprentissages en grande section et en maternelle" alors que le livret est intitulé " Lire au CP - Repérer les difficultés pour mieux agir"

Elémentaire, mon cher Watson !
- Elémentaire ? Disons primaire...

Ça ressemble aux Évaluations Nationales des élèves de CE2 et de 6e, mais le ministère ne fournit pas les fichiers. Les écoles vont devoir faire travailler l’imprimante et la photocopieuse. Et la matière grise !

Pleine de bonne volonté, la maîtresse lit les pages du livret.

La première fiche, décrite sur la page 15 et intitulée « A l’entrée au cours préparatoire » propose d'évaluer la capacité de compréhension du jeune élève fraîchement débarqué de maternelle, décrite dans la colonne « Comprendre ».

La maîtresse allume l'ordinateur et enfourne le Cédérom ministériel.

Première ascension par la face nord.

On s’attend à un index ou une table des matières, laissant apparaître la liste des fiches décrites à la page dans le livret.

En guise d’index ou de table des matières, c’est une page html avec moteur de recherche qui apparaît.

Un moteur de recherche ? Il suffit alors de taper « A1 » ou « Comprendre » , pense-t-on.

Aucune fiche n'apparaît.

La maîtresse sent qu’on commence par évaluer ses propres capacités cognitives.

Le moteur de recherche lui propose trois champs.

·        Il faut d’abord choisir une discipline.

Le moteur lui propose « maîtrise du langage », «  découvrir le monde », « mathématiques », « agir et s’exprimer avec son corps », «  compétences transversales ».

La maîtresse, qui a (au moins) bac +3, clique sur ce dernier terme.

·        Puis le second champ propose « choisir un champ » (sic !) Et là c’est facile, car on a le choix entre « Mémorisation, attention » et rien d’autre. La maîtresse bac +3 choisit « Mémorisation attention » en ayant une pensée émue pour le génial concepteur du moteur de recherche qui a conçu de ses petites mains des champs de saisie pour demander à choisir une réponse obligatoire.

·        Le gag continue avec le troisième champ : on demande à la maîtresse de choisir une compétence et bien sûr un seul « choix » lui est proposé : « Mémoriser et partager son attention ».

Bon, il faut cliquer sur le bouton « Rechercher » et le programme recherche. Un léger changement se produit, mais aucune fiche n’apparaît. La maîtresse qui a de bons yeux finit par découvrir une petite ligne en bas à droite : GS & CP : EGCEAA01.pdf  .

La maîtresse clique sur la ligne et comme l’ordinateur dispose du lecteur de fichier pdf approprié (ouf !) la fiche se charge.

La maîtresse note qu’elle en est à son 8e clic de souris alors qu’elle pensait s’en sortir avec un seul sur la bonne fiche. Le concepteur du Cédé a quand même réussi à rendre 8 fois plus long et 8 fois plus complexe ce qui aurait pu se résumer à un simple double-clic. Trouver une fiche n’a jamais été aussi compliqué grâce aux progrès de l’informatique.

Maintenant, il faut être familiarisé avec la lecture des documents pdf sur ordinateur, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Par exemple, à moins d’avoir un écran géant, il est impossible d’apercevoir la page entière et de lire son contenu.

Exercice pratique : lisez les 13 pages. Prenez un cachet d’aspirine et baignez vos yeux de dacryo-sérum. Pensez qu’il y a 42 fiches dont le nombre de pages varie de 3 à 13 pages, pour un total de 293 pages.

La maîtresse décide d’imprimer. L’imprimante de l’école n’a pas une qualité phénoménale et une fâcheuse tendance à ingurgiter plusieurs pages à la fois pour les bloquer dans l’appareil. A la fin, la maîtresse ne sait pas si la version papier est plus facile à lire que la version écran.

Passons à la deuxième fiche.

Là, ça se corse car il y a deux autres fiches décrites dans la colonne « comprendre » mais la maîtresse est en panne de choix pertinent. Cela devient un vrai jeu d'aventure : trouvez la bonne fiche grâce au moteur de recherche en moins de 8 clics de souris.

Le truc et astuce.

A moins d’y passer plusieurs soirées, voici la solution révélée pour vous : les fiches A1, A2, A3… n’existent pas sur le Cédérom. Elles sont sur le livret, de la page 19 à la page 46. En bas de la page, il y a la référence en termes abscons (EGCADB01, EGSAEA01, ECPABD01, etc.) aux 42 fiches disponibles sur le CD, dans le dossier application, sous-dossier pdf :

Pourquoi avoir rendu aussi ardue la consultation des fiches ? Un simple sommaire explicite avec des liens sur les fiches aurait suffi.

Question : combien de maîtresses sont capables de parcourir ainsi les entrailles d’un Cédérom, d’ouvrir une à une 42 fiches aux noms aussi peu explicites et de les imprimer ?

Combien ça coûte ?

293 pages à 0,17 euros la page (coût estimé de notre imprimante par le laboratoire de test de VNU) = 49,81 euros plus 2,48 euros de papier (tarif vérifié sur le catalogue de fournitures scolaires) soit 52,29 euros.

Il faudra photocopier les 47 fiches d’exercices destinées aux élèves : tout ça à 0,027 euros la page (coût de notre forfait copies) : 1,27 euros par élève. Plus le papier : 40 centimes par élève. Bref, ça nous fait une quarantaine d'euros pour une classe de 25 élèves (plus les 52,29 pour l'impression). Disons 90 euros par classe.

De toute façon, c'est la mairie qui va payer.

Triomphe de l'informatique
Beaucoup d’enseignants vont se prendre la tête dans cet outil mal ficelé, qui va demander beaucoup de temps et pas mal d'euros. Encore une bonne intention sabotée dès le départ. On va nous dire que nous ne sommes vraiment pas doués avec l'outil informatique.

Faites passer le B2I à votre inspecteur

Mais c'est...
euh...
enfantin !

Si votre inspecteur prétend que c'est faisable, faites-lui un grand sourire et invitez-le à trouver une fiche, par exemple celle qui correspond à la fiche A6 "L'élève sait-il choisir les supports de lecture correspondants à ses buts ?" Il aura besoin d'un peu plus de 8 clics de souris :-)

Honnêtement, si vous trouvez tout ça très simple, qu’est-ce que vous faites encore là devant une classe de 25 marmots qui ne savent même pas lire ? Votre place est chez Microsoft, on vous y attend à bras ouverts.

Des tests qui laissent rêveur.
il y aurait beaucoup à dire aussi sur la pertinence
des épreuves proposées aux bambins de six ans...
Un exemple au hasard : le premier.

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Jacques Risso


et aussi Les petits dessins pour le GDID

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